Ma vie est formidable,

vos plantes vertes sont magnifiques !

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mercredi 2 septembre 2009

655. Bosse am Bus aber keine Buße für den Boss

Sans partir dans le détail architecto-linguistique de la différence entre Bosse (le bossage) et Beule (la bosse), ni de l'intéressante sémantique double de Buße (l'amende, mais aussi la pénitence), je tiens à insister sur le fait que si vous n'êtes pas germanophone pour drei Groschen* mais que vous êtes d'un naturel curieux -- ou paranoïaque --, il existe des services de traduction tout à fait honnêtes et que je ne vais pas prendre la peine de vous expliquer le titre.

Ben oui, la journée de la gentillesse, c'est chevet c'était hier et aujourd'hui j'ai donc le droit de vous envoyer bouler si j'veuuuux.

Mais je n'oublie pas ma promesse de faire le point, et pas que dans ma poche.

Voici donc la liste des gentilles choses que j'ai faites hier :

  • faire un gros détour de 2 m alors que je courais pour ne pas effrayer un merle.

Oui, voilà. Le manque d'occasion, l'esprit ailleurs, ma tenue de scout trop petite avec le temps, le soleil qui était trop loin. Que des bonnes excuses.

*

Bon, outre cet animal hier, aujourd'hui j'ai été gentil envers la planète entière en ramassant les journaux abandonnés dans le train wagon (faut pas exagérer non plus), les triant et les mettant dans leurs distributeurs respectifs. Les journaux sont en effet ramassés en même temps que les ordures par le personnel de nettoyage des trains et il me semble que cela compromet grandement leur recyclage ; j'ose espérer que les journaux qui restent dans les distributeurs sont au moins récupérés intelligemment.

En un wagon, j'ai quand même réussi à dénicher... 48 journaux, juste de quoi me faire passer pour un fou ou un écolo radical (c'est un peu la même chose) en sortant du train. Dieu sait la quantité quotidienne de papier non recyclé parce que les gens abandonnent simplement leur journal dans le train.

*

Avant qu'on me catalogue comme misanthrope baba-cool entouré d'animaux pour combler sa solitude (alors qu'il y a internet, pour ça), je vais m'empresser de vous relater une partie de mon dimanche en vous racontant tous les détails pendant que vous vous endormirez la tête dans votre assiette.

J'étais donc en train de suer comme une bête au triathlon de Lausanne... affrontant en tenue de protecteur civil une foule en colère qui demandait moins d'impôts, plus de viande dans les raviolis et accessoirement de pouvoir traverser une route déjà fort encombrée par des voitures, des cyclistes et des coureurs à pied. (Merci à la dame qui a reconnu que ça ne devait pas être toujours facile de garder le sourire sous un soleil de plomb pour expliquer en continu toujours la même chose.)

Et là, soudain, c'est le drame.

Le monde a basculé dans une vision d'horreur à la Speed** : un bus vide qui roulait au pas prend un virage trop serré. Le conducteur, aveuglé légèrement par le soleil, ne voit pas qu'un poteau dangereux se trouve sur sa route. Face au véhicule de plusieurs milliers de fois son poids, le poteau se plie mais, tel un roseau, sans rompre et non sans oublier de laisser une trace du forfait commis, telle une ultime vengeance sous la forme d'un joint de vitre arraché sur quelques centimètres.

La foule hurle, continuant d'acclamer les coureurs, car la rumeur de l'incident ne s'est pas encore propagée et c'est de peu qu'on évite une panique générale.

busAccident

Description de la scène du crime du délit de l'incident :

  • A) Protecteur civil se prenant pour un policier et relevant l'identité du conducteur fou.
  • B) Protège-anonymat, modèle mâle numéro 23. Pratique pour masquer l'identité de personnes derrière lui (jusqu'à deux personnes, non incluses dans l'offre de vente).
  • C) Conducteur fou.
  • D) Mobilité dure.
  • E) Mobilité douce, mais un peu condescendante.
  • F) Une révélation artistique sous la forme d'un panneau dans une position bien plus à même de refléter l'élan sportif dont Lausanne la capitale-olympique se targue d'avoir le moteur.

Le rapport avec notre histoire, c'est que c'est là que j'ai pu mettre à profit mes talents de gentille personne. En effet, c'est moi qui ai traduit pour les policiers venus faire le constat et, surtout, qui ai fait la causette avec le conducteur fou en attendant l'arrivée du groupe accident de la police. Et sachant que c'était un allemand qui habite aux Pays-bas, j'aime mieux vous dire que je regrettais les insultes du public reçues plus tôt.


* Vous aurez donc remarqué que si on dit pour deux sous", on parle de l'Opéra de quat' sous alors qu'il n'y en a que trois en allemand. Ah, on savait mieux vivre à l'époque.

** Citations du film :
- Rien qui puisse arrêter la chute de l'ascenseur ? - Si, le sol.
- Ce sont les pauvres qui sont fous. Moi je suis excentrique.

Posté par anceps à 12:07 - Anecdotes - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


lundi 15 juin 2009

647. E-mail droit dans l'engrenage

Je m'occupe de mettre sur le serveur web de l'école les horaires des professeurs dont j'ai la charge. J'utilise le système d'authentification de l'école, de sorte que je ne peux pas résoudre directement leurs problèmes de login.

Un des profs, ayant eu la bonne intuition (ou ayant simplement lu la FAQ, mais je n'ose plus l'espérer), demande ainsi intelligemment de l'aide au Help desk, selon les deux points suivants :
> > > > > 1. Pouvez-vous m'indiquer comment obtenir un nouveau mot de passe ?
> > > > > 2. Pouvez-vous m'envoyer mon horaire en attendant ?

La réponse du Help desk n'a pas tardé :
> > > > 1. Il faut que vous passiez auprès de nous, dans le bureau XZ-W 3 bis [j'ai simplifié, si, si]
> > > > 2. Pour l'horaire, nous transmettons la demande au secrétariat de votre département

Le secrétariat, sachant qu'il faut habituer les profs à utiliser l'intranet, demande la permission exceptionnelle au chef, en oubliant évidemment de repréciser les détails de l'affaire :
> > > Monsieur Truc a un problème de login, puis-je lui envoyer son horaire ?

Réponse logique du chef au secrétariat :
> > Non, s'il a un souci de login, il faut le résoudre. Il faut qu'il contacte Anceps.

Le secrétariat -- pris d'une audace qu'on ne lui connaissait pas -- se permet de court-circuiter à la fois l'ordre du chef et le passage par Monsieur Truc, en me soumettant directement le problème :
> Pouvez-vous résoudre le problème de login de Monsieur Truc ?

Et là, je suis évidemment bien tenté de faire plusieurs choses :

  • Infantiliser le professeur en lui répondant que nous ne voulons pas qu'il ait son horaire, car nous voulons le forcer à résoudre son problème (via le help-desk).
  • Ennuyer le secrétariat en ajouter qu'en insistant régulièrement par téléphone et e-mail, le secrétariat finira par craquer et lui envoyer son horaire.
  • Troubler le secrétariat en répondant que j'ai résolu le problème rien qu'en lisant l'historique de la conversation.
  • Troubler encore plus le secrétariat en lui répondant juste "Non, je ne peux pas.".
  • Continuer le cercle de la vie de cet e-mail en demandant au secrétariat de forwarder l'e-mail au Help desk, vu que ce sont eux qui ont la compétence pour régler ce problème-là.

Comme le point 1 du problème de mot de passe est en cours entre le prof et le Help desk, il ne reste que l'histoire de l'horaire qu'on ne peut pas lui envoyer.
Et la bonne chose à faire, c' est évidemment de demander au secrétariat de répondre simplement au professeur qu'on ne peut pas lui envoyer son horaire...

Sauf que le secrétariat viendra me demander ce qui doit être écrit dans la réponse ; que je dirais que ce n'est pas à moi de décider ; qu'en cas de doute, il faut demander au chef.
Et on repart pour 5-6 rounds d'échanges d'e-mails pour un problème bête et un secrétariat qui ne sait pas quoi écrire dans un e-mail, alors que c'est un peu son boulot, et un prof qui s'est donné la peine de faire les bonnes démarches sans qu'on cherche à l'aider.

Du coup...

========================================
À : Monsieur Truc (adresse privée)
Sujet : Votre horaire
Fichier joint : horTruc.xls

Bonjour,

En attendant que vous puissiez obtenir un nouveau mot de passe, voilà votre horaire.
Je ne suis pas censé vous le transmettre directement, car nous voulons nous assurer que vous puissiez bien vous connecter à notre intranet, mais il serait dommage que vous n'ayez pas les informations en même temps que vos collègues.

En cas d'autre problème, n'hésitez pas à me contacter directement.

Anceps

P.S. En plus de votre horaire, du lieu et de la date du repas de fin d'année et d'informations indispensables au bon déroulement de votre enseignement, vous trouverez sur l'intranet un lien qui vous permettra de désactiver l'envoi quotidien d'un e-mail vous rappelant que vous devez passer au Help desk pour changer votre mot de passe.

========================================

Une fois par jour, c'est encore gentil, non ? J'en connais qui vous ennuient toutes les dix minutes.

Posté par anceps à 17:54 - Anecdotes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 5 juin 2009

646. Zyva la poudre à lever les meufs

Ce midi, j'attendais dans la file pour payer mon douiche aux crevettes tout en lisant un texte imprimé tantôt en tout petit.

Derrière moi, deux jeunes (mon âge, enfin, la vingtaine, enfin on s'en fout d'abord !) qui avaient apparemment joyeusement fêté la fin de leur semaine de labeur manuel à coup d'alcool.

- C'est bien, au moins, ce manuel que tu lis, hehehehehehehehe ? Hehehehehehe.

En tournant la tête, je vois à peu près ça :

term21

On ne le voit pas sur l'image, mais c'est suivi d'une liste de réponses possibles :
* Plaît-il ?
* Wesh, kesstu m'causes cousin ?
* Oui
* Non
* <insert witty comment>
* I'll be back la vista
* [ignore intruder]
* [attack 2D12+6]
* [dance carioca while singing L'Internationale]

Bon, je suis pas du genre à me laisser dicter une conduite, même à choix, parce que si je ne suis pas un numéro (sauf un drôle, parfois), eh bien je suis encore moins un robot.

Donc je lâche un "Oui", que je continue d'un commentaire pour essayer de justifier une conduite un peu trop intello en apparence. J'avoue, j'ai hésité à mentir en disant que c'était un manuel pour mieux lever les meufs, enfin, pas comme si j'en avais vraiment besoin, tu vois, quoi, mais c'est pour donner des cours à ceux qui arrivent pas à les pécho autant que moi, quoi, hehehehehehehehe.

Sauf que mentir, c'est pas bien. Et surtout, en l'espèce, vas-y que j'aurais été bon pour leur en expliquer plus et qu'à un moment ou à un autre, il n'y aurait plus eu moyen de masquer la supercherie.
Donc me restait la vérité.

- Oui... ça parle de gâteaux.

- ... Cool !

C'était pas mal, ça a bien cassé le côté intello.
Mais ça faisait un peu bizarre. Et surtout, c'était ça ou leur dire que le titre exact de l'article était le suivant :

Le mystère des gâteaux quantiques :
tentative d'explication de la corrélation, accessible aux non-physiciens
(avec une preuve de la non-localité sans utiliser l'inéquation de Bell)*


* Je tente de vous résumer ça un prochaine fois, si ça vous tinte**.
** Grâce à Criquette, j'évite une redondince malvenue. Merci Criquette !

Posté par anceps à 15:43 - Anecdotes - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 29 mai 2009

645. Chirochorélogie

J'avais cherché longtemps comment expliquer le fait qu'un petit objet à peine pris en main puisse m'échapper en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, avant de se téléporter dans les recoins les moins inatteignables des endroits les plus divers. La télécommande sous le coussin, c'est un classique simple et bien documenté, mais le yoghurt que je sors du frigo et qui réapparait dans la salle de bain, c'est quand même plus étonnant et original (enfin, pas chez moi, donc). Le pire, c'est qu'en général, ce que j'ai en main disparaît souvent au fond d'une poche ou dans mon sac à dos.

Au début, je croyais que c'était les objets qui étaient féés, animés par un mauvais esprit qui les faisaient disparaître pour mieux voir apparaître sur ma figure un désarroi profond. Puis, les retrouvant souvent aux mêmes endroits et mes poches étant très nombreuses dans mes habits, j'ai tenté la voie rationnelle en appliquant quelques principes de probabilités ; sans succès.

L'approche quantique m'aurait sans doute valu un prix Nobel si j'avais seulement pu prouver un quelconque lien avec ces phénomènes macroscopiques. J'ai aussi relu Einstein pour sa théorie de la relativité restreinte, afin de mieux décider si je vivais dans un temps différent de celui de ces choses faites sans doute d'une matière aux pouvoirs merveilleux. Malgré toutes ces recherches, je n'ai jamais pu seulement savoir si le transfert se faisait d'un coup, si l'objet continuait ses déplacements pendant même que je le cherchais, si l'objet retrouvé était bien l'original et non une copie jumelle d'un mauvais spectacle d'illusion, si je n'étais pas la victime d'un Dieu aimant les expériences sur l'humain.

*

Et un jour, j'ai vu l'incroyable se produire, me révélant le secret du mystère. Ma main gauche, saisie de la responsabilité de tenir quelques secondes mes clés -- tâche simple et pour laquelle je lui accordais la confiance que j'aurais envers mon propre bras droit -- s'est approchée subrepticement de ma poche arrière pour les y fourrer, avant de revenir en position et de se donner l'air affairé et innocent en reprenant les journaux portés par sa complice d'outre-corps.

- Elles sont où les clés ?
- Tu vois pas que je suis en train d'aider Main droite à porter ?
- M'en fous, je t'ai donné les clés y a pas dix secondes. Elles sont où ?
- Je ne sais pas, ce n'est pas moi qui les ai.
- Je vois bien, mais tu les as mises où ?
- Ben on me les a prises !
- Qui ?
- Comment veux-tu que je le sache ? Demande à Oeil gauche !
- Arrête de mentir, il a très bien vu que tu as laissé les clés dans la poche.
- Ben-si-tu-sais-où-elles-sont-pourquoi-tu-viens-me-demander ?
- ... Bon, on reprend. Si tu fais un truc, c'est parce que je te le demande. Si tu fais autre chose, la moindre des politesses c'est de me le dire !
- Tu m'avais dit de le faire. Tu deviens sénile.
- Du tout, et si je faisais de la démence sénile, on me l'aurait dit, et si on me l'avait dit, je m'en souviendrais !
- Gnagnagnagnagnagnagna...
- Tu vas te ramasser une claque !
- De la part de Main droite ? On parie ?
- Ok, j'abandonne. Mais ce soir, c'est toi qui est de corvée PQ.

Oui, j'ai des mains autonomes. Peut-être aussi une partie du cerveau qui leur est propre, je n'en sais rien. Certes, c'est parfois très pratique, comme lorsque vous voulez vous tourner les pouces sans même y réfléchir. Seulement ça vous joue tout le temps plein de tours.

*

Ce matin encore...
J'ai toujours un grand sac à dos avec moi. J'y mets un peu tout et le bruit de la fermeture éclair m'avertit en cas de tentative de blague. Je ne garde en poche que ces trois parts de moi-même que sont le natel, le porte-monnaie et les clés, facilement repérables par un simple tâtonnement le long de mes cuisses et fesses.
Dans le train, juste avant d'arriver, je pense à passer m'acheter de quoi me remplir l'estomac. Je prépare donc mon porte-monnaie. Introuvable. Pas de veste, donc même pas besoin de perdre du temps à chercher dans les 4 poches de celles-ci. Je l'avais en partant et donc fouille le sac : Main gauche (ou Main droite ?) l'avais vite mis dans le sac, profitant que je l'avais ouvert pour en sortir un mouchoir. Et pas dans la poche extérieure d'accès rapide, pas là où se situaient les mouchoirs, mais au fond de la partie centrale. Bien au fond.

Je mets le porte-monnaie dans la poche de mon sweat, en pensant à bien le surveiller, car il peut facilement tomber, puis sors du train. Contrôle habituel : sac - natel - clés - porte-monnaie. Natel ? Natel ? Il est où ? Me voilà donc à fouiller mon sac en dispersant tout son contenu sur le quai bondé. Je l'avais : j'ai même pris une photo dans le train et l'avait donc en main à l'instant !
Hypothèse la plus grande : je l'ai laissé choir sur le siège. Hop, remonter dans le train, jeter Oeil droit (le plus rapide) un peu partout, puis redescendre pour éviter de repartir jusqu'à Neuchâtel car l'examen à surveiller ne commence que 15 minutes plus tard...

Retour sur le quai, désemparé. Contrôle du sac en profondeur, puis j'essaie à tout hasard la toute petite poche externe où il ne peut pas être... sauf quand on a des mains aussi vicieuses que les miennes.

Ouf ! Re-contrôle. Sac - natel - clés - porte-monnaie. Porte-monnaie ? Porte-monnaie ? Forcément, en me baissant sous le siège, il n'a pu que tomber de la poche du sweat, qui est maintenant désespéremment vide... Soupir. Au moins, y a mon nom dedans et il y a donc des chances que je le récupère un jour.

Par acquis de conscience, ou par habitude, je fouille le sac.
Et il était là, au fond de la poche centrale. Une des sales paluches l'avait caché en douce pendant que je fouillais mes affaires à la recherche du natel. Au moins, je n'avais rien laissé dans le train : un souci de moins pour continuer cette mauvaise journée.

Tellement stressé par toute cette histoire, j'arrive devant la porte de mon bureau en ayant oublié de m'acheter un croissant au chocolat, et donc ne pouvant pas même me satisfaire de cette consolation aux vilénies de l'existence.
Et là, impossible de trouver mes clés.

Posté par anceps à 11:24 - Anecdotes - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 27 mars 2009

634. On nuage en plein blizarrd

Le temps était plutôt grisouille, un temps parfait pour aller à l'hôpital. Oh, rien de grave ; juste pour un contrôle annuel, une routine insignifiante à vous faire culpabiliser d'être en bonne santé quand tant d'autres sont là, eux, avec des têtes trahissant le mélange de lassitude face au combat mené contre la maladie et d'espoir de s'en sortir avant de n'en plus pouvoir. Je pensais m'y être un peu habitué, mais en fait, pas tellement : plutôt habitué à regarder ailleurs et à penser à autre chose.

Oui, une routine telle que je pourrais vous récrire exactement la même chose que les années précédentes. On ne voyait même pas que cette fois, c'était pile la journée de grève des médecins (oui, désormais, quand il y a une grève, moi en tout cas je ne m'en rends pas compte). Admissions, médecin, prise de sang (ça compensera toujours le fait que je ne puisse pas en donner).

jAimePasCeQuiPique

La prise de sang... Le baratin des infirmières (j'utilise un féminin générique même si ce n'est pas recommandé), ça marche assez bien pour penser à autre chose et ne pas focaliser sur l'énorme outil prêt à vous perforer le bras de part et d'autre et à côté duquel un clystère paraîtrait ridiculement insignifiant. Mais c'est comme un tour de magie : quand vous connaissez le truc, une partie du mystère et du plaisir disparaissent, pour être remplacés par l'œil critique envers la virtuosité de l'artiste (ce qui n'empêche nullement d'apprécier le spectacle, au contraire).
Cette fois, c'était trop rapide pour pouvoir bien évaluer la maîtrise des conversations anodines et la qualité du discours. Mais sur la fin, j'ai été surpris comme un joueur d'échec face à un débutant qui livre en pâture sa reine : on se demande s'il n'y a pas un coup fourré !

Oui, nous parlions de la pluie et du beau temps, au sens propre, et paf : elle me dit qu'il neige. Et ça, c'est un coup interdit : on ne peut pas dire tout est n'importe quoi sous prétexte de vouloir détourner l'attention ; ce serait trop facile ! Sinon, moi je vous dis que vous avez votre lacet détaché, et pendant que vous vous baissez, paf je vous pique en douce et ensuite je rejette la faute sur une mauvaise sciatique, si mauvaise qu'elle vous ferait des douleurs félonnes jusque dans le bras.

Bon, vous me connaissez, je suis bon joueur et je ne suis pas du genre à relever les irrégularités dans les rapports sociaux. Je m'apprête donc à relancer une banalité sur cette folle envie de retour des flocons aux conséquences hallucinogènes, en prenant à témoin l'étendue anivale sise devant la fenêtre quand je vois le témoin se dérober, me trahir et prendre fait et cause pour la partie adverse : il neigeait effectivement.
Hésitant d'abord entre le grand mot historique à la Matmat (sa race !) et un pragmatisme exigeant qu'on me rendît mon sang visiblement prélevé en telle quantité que mon cerveau ne pouvait plus fonctionner correctement, je me suis alors dit que j'allais jouer la carte du désabusement sobre, puis finalement que j'allais prendre des clichés de cet endroit maudit où la réalité semblait depuis si longtemps se dissimuler derrière des paravents fantaisistes aux motifs oniriques, afin de pouvoir me prouver (ainsi qu'aux psychiatres si je devais en croiser sur le chemin de la sortie) que je ne souffrais pas de troubles mentaux.

Voilà donc ce que j'ai pu récupérer. (Ce n'est qu'une petite partie des bizarreries rencontrées : j'ai croisé l'ombre d'un diablotin et, fait troublant, la photo d'un farfadet danseur hystérique ne montre que des traits de lumière sur un fond opaque.)

Je sais qu'on est en Suisse, mais de là à porter l'anathème sur
le mauvais entretien jusque dans les noms des endroits...

localSale
Ou peut-être c'est une vente anglophone dans le coin ?
À quand la salle locale ?



Autre endroit des plus déconcertants : un espace dédié, que je n'ai
heureusement pas trouvé en vrai, mais seulement sur des cartes de visite.

Je connaissais les espaces confort, les espaces beauté, les espaces détente et même plus
récemment les espaces fumée. Ce n'était donc que la suite logique, finalement : l'espace cancer.

espaceCancer
Excusez-moi Monsieur, mais vous ne pouvez rentrer que si vous avez un résultat
d'analyses de 1re classe. En plus, le dress code, c'est foulard obligatoire.

Cela dit, ne croyez pas que je m'en moque : c'est à mon avis réellement utile, autant pour
les malades que pour l'entourage. Mais je trouve que le nom reste quand même déconcertant.

*


disciplines
Parmi toutes ces disciplines propres à rendre malade un hypocondriaque...

centreDuSommeil
... il fallait que je sois sur l'étage du sommeil. Vous en rêviez, il l'ont fait.

*
En sortant, on se serait effectivement cru au milieu de l'hiver.
(À cause de la neige, et non de l'horreur grise qu'est cet hôpital.)

chuvNeige
Les flocons ne sont visibles que sur l'image en grand.
Mais vous pouvez aussi juste me faire confiance, pour une fois.


Mais l'étrange n'a pas encore complètement disparu : on peut trouver des
places réservées pour ceux qui souffrent de troubles de l'identité sexuelle.

parcTrans
À quand des places pour les homos ?

Vous allez me dire que l'apparition de neige au mois de mars n'a pas de quoi étonner. Certes, mais il y a plus étrange que ce retour inattendu de l'hiver. Un instant plus tard, j'étais chez moi alors que le ciel gris et sombre neigeait encore. Je ressors 4 minutes plus tard pour trouver ça :

rue

J'ai vérifié l'heure pour exclure un enlèvement par les extra-terrestres, une hypnose incontrôlée ou un coma quelconque. Le temps ne s'était pas écoulé plus qu'en apparence, et la rue encore mouillée pouvait en attester.

*

Et en repartant pour le boulot, en direction du nord, les nuages ont réapparu, menaçants.

champ1

champ2
Le reflet de la vitre du train dans la vitre du train, c'est pas top.

arbres

Puis vint le soir...

limite
L'affrontement entre beau et moche

ciel1

ciel2
Les bleus ont gagné (c'est pas si souvent, arf)

*

Le beau temps ayant finalement remporté la manche, il a décidé
de fêter cette victoire dans une débauche kitsch de tons peu virils.

coucher1
C'est ce qu'on appelle mettre du vin dans son eau, non ?

coucher2
Il faut que j'avoue : ces deux photos datent d'une semaine plus tôt.

Oui, après les petites fleurs, voilà les couchers de soleil... Certes, je ne vous aurai rien épargné, mais je vous avais au moins averti hier que j'allais parler météo.

Demain, si personne ne m'arrête, je parlerai de poneys. Ou de l'art de les vivisecter.

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vendredi 20 mars 2009

630. Signes que vous êtes en Suisse

Ca peut être que tout le monde mange la fondue, qu'on parle par feux d'artifice ou qu'on a de drôles de détecteurs.

En fait, il existe un très bon moyen, que j'éprouve pour la seconde fois :
Oublier ses clés sur son scooter et retrouver le tout le soir, sans que personne n'y ait touché.

Bien sûr, c'est pour les Romands. En Suisse allemande, on aurait droit à une amende (amende d'ordre 317, 60 CHF) et sans doute que quelqu'un, choqué, aurait pris le véhicule pour aller le nettoyer à ses frais, avant de le rapporter, de mettre un mot d'excuse pour l'intrusion dans la vie privée et de payer l'amende lui-même, puisque lui aussi va laisser la clé. Oui, ils sont comme ça là-bas.

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samedi 31 janvier 2009

601. La Migros ferait mieux de vendre de l'alcool

Franchement, à mon avis, vendre un ersatz de chien de Paris Hilton, c'est encore pire que de vendre de l'alcool et des clopes.

chienDeParisHilton
Chi Chi, c'est la marque, une fonctionnalité, ou bien une allusion ?

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vendredi 30 janvier 2009

600. Alors là, c'est pour la 34e fois la montagne où Gilbert, il a perdu son ski, mais on voit pas bien, c'est un peu flou

Pour la 600e, je vais faire dans l'inhabituel et parler de moi.
Oui, bon, c'est un peu ce que je fais tout le temps, sauf que là, ça n'a aucun intérêt (qui a dit comme d'hab ?), genre diapos de retour de vacances. Parce que cet hiver, j'étais à la montan' et c'était sympa.

Alors, parce que vous êtes sympa de regarder quand même (limite même un peu curieux compulsifs, hein), je mets des photos de ma tête. C'est pas si souvent, et vous verriez certaines, vous comprendriez pourquoi.

(Et pis on fait comme d'hab, tu cliques sur les photos pour une version plus grande.)

panoramaVillars2009
Un panorama pris depuis les pistes de Villars.
On voit Leysin, les... montagnes et le brouillard en plaine.
Des stratus sont annoncés jusqu'en fin d'après-midi,
mais regardons maintenant la carte des températures.

*

Le même panorama, mais en plus pan quand même, et en film.

*

villars
Ah, on est peu de choses... Alors tu vois, là-bas, c'est la Dent du Guignol.


villars2
Riri, Nini et Riri à ski, c'est mimi.


diableretsNuitTombante
J'avoue, on n'a pas eu que du soleil. Des fois y avait la nuit...

luneEtPlaneteDiablerets
...et la lune, et une planète presque en conjonction.

*

Bon, un peu de moi aussi, comme promis...

lbVillars2
Là j'ai mis en petit, histoire de ne pas trop vous effrayer.

lbFin2008_3
Là c'est pour compenser un peu l'horreur d'avant.

lbFin2008_1
Et comme ça compense trop, voilà de quoi se moquer.

Bon, évidemment, la montagne, ce n'est pas qu'un paysage et trois fois ma tronche. C'est aussi des oeufs bénédicts et plein de choses habituelles... mais aussi des anecdotes croustillantes :

veinesEclatees
Un jour, je me suis pété deux veines en passant du sauna à la neige.
- Pif, paf, comme un feu d'artifice ?

Et, bien sûr, un cliché humoristique digne des cartes postales les plus démoralisantes. Non, allez, je vous ai gâté.

flatsyConduit
Flatsy, prête à conduire ! Allez Flatsy, bon chien.

Évidemment, si vous ne savez pas qui est Flatsy, ou que vous ne l'avez jamais vu conduire, ça perd beaucoup. Mais c'est aussi un peu votre faute, on n'a pas idée de méconnaître Le Coeur a ses Raisons.
EDIT : des images de Flatsy qui expliquent un peu mieux la photo ci-dessus.

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mardi 10 juin 2008

577. L'Adieu à la monture

Après tous nos kilomètres
Sonne l'heure de la fin
Je ne serai plus ton maître
Là s'arrête ton destin

Je n'avais pas pris la peine
De t'inventer un surnom
Sinon des mots pleins de haine
Quand tu calais sans raison

Seul moi savais te dompter
Anticiper tes sursauts
Qui t'aurait pu démarrer
Que tu n'exploses aussitôt ?

Le plus petit des voyages
Était une expédition
Tu ne sortais du garage
Que selon ta décision

Par tous les temps mon complice
Sur la neige ou dans les champs
Moyen d'accomplir mes vices
D'aller rejoindre mes amants

Sur toi j'étais seul au monde
Et je chantais à tue-tête
Contemplatif, en vraie blonde
J'étais toujours à la fête

On aura vu du Canton !
Déniché des coins secrets
Fait un peu peur aux piétons
C'est leur faute ! l'on disait...

Dans ta caste des deux roues
Les motos faisaient les fières
Toi, tu sais qu'il est plus doux
De se balader pèpère

Trente kilos dans des sacs,
Tu portais mes commissions
Tu restais où que je parque
Dusses-tu rougir d'affront

Pur-sang noble de mes rêves
Tu m'obéissais souvent
Sans t'accorder une trêve
Sans le moindre jugement

Tu pouvais te transformer
Selon l'humeur du moment
En jet-ski, non ! en fusée
En voilier sur l'océan !

Le mieux c'était le slalom
Comme en surf, tout schuss, à fond
Puis s'élevant sur les hommes
Tu volais comme un avion !

Là, soudain tu t'arrêtais
Assoiffé ? Sans batterie ?
Non, c'était que tu voulais
Juste assouvir tes lubies

Ta manière de jouer,
Petite distraction rare :
Tu choisissais d'arriver
Ou d'imposer un retard

Ô, très sage, tu savais
Qu'il fallait rester sur terre
En philosophe, tu montrais
Que tout change en un éclair.

Mais sous ces airs enfantins
Un cuir usé, des pneus lisses
D'accidents, tous anodins
Tu masquais les cicatrices

Et chaque fois ils disaient :
- N'en voulez-vous pas changer ?
- Vous riez ? Je répondais
Il finira bien l'année !

Mes des ans, je t'en ai pris
Abusant de ta patience
Plus de douze bien remplis
Méritent un repos, je pense

Tu auras un remplaçant
Un truc neuf et plus fiable
Plein de fougue et tout fringuant
Mais au charme détestable

Je te fais là mes adieux
Nous ne nous reverrons plus
Mais ces jours vécus les deux
Ne seront jamais perdus

C'est l'heure de ta retraite
Il est temps de te donner
Un nom à toi qui s'y prête :
Merci pour tout, Liberté.   


*
*   *

Le Dieu de la futilité sait que je suis son plus grand prophète. Aussi suis-je certain que c'est grâce à lui si je peux vous montrer cette photo. En effet, je savais que cela arriverait aujourd'hui, mais j'avais oublié de garder un oeil sur le compteur de kilomètres. À mi-chemin, je m'en suis souvenu d'un coup. Panique. Regard. C'était pile le moment (peut-être 10 mètres trop tard). J'ai pu m'arrêter sans faire d'accident, me battre avec mon téléphone indolent (faut aussi que j'en change rapidement), faire de la place en mémoire, prendre une photo, et louper finalement mon train à cause de ce contretemps.

compteurScooter50000km
Ca en fait des heures passées dessus, quand même, au lieu de se faire de beau mollets.

Je vais finalement accepter la proposition de reprendre racheter* le scooter de ma mère qui vient d'en changer, même si ça me fend le coeur.

Adieu beau rouge foncé. Adieu zirkel. Adieu frein à main éternellement coincé. Adieu frein à pied. Adieu clé qui sort toute seule en route. Adieu autocollant « Pas de pub, merci ! » à l'intérieur de la caisse. Selon tes dernières volontés, je t'immergerai dans le lac (non, je déconne, je lui ai promis de le brûler dans ma cheminée). RIP.


* La garce.

Posté par anceps à 12:10 - Anecdotes - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 9 juin 2008

575. Un livide, mais au poil

Dans la série des choses que le monde entier devrait savoir au plus vite, il y a ce cauchemar de la nuit passée : j'avais des cheveux blancs, juste une mèche, en plein sur le front.

C'est un cauchemar, oui, et ce pour deux raisons.

La première, c'est que je refuse de vieillir, comme tous ceux qui savent que la décrépitude due à l'âge n'est pas compensée par un gain utopique en sagesse : si l'innocence d'une jeunesse éclatante peut faire oublier le manque d'expérience, jamais un riche parcours de vie ne saurait atténuer la déliquescence d'un corps sénile.

La seconde -- la principale --, c'est que de rêver de choses aussi futiles que la couleur de mes cheveux (qui ne concerne somme toute que la projection que je fais de moi-même face aux autres, tout en m'interrogeant sur le temps qui passe sans que je sache où je me dirige, des broutilles, quoi) signifie surtout que je ne suis pas dans mes songes habituels. Et quand on sait que mon environnement onirique est invariablement composé d'Apollons dénudés, tatoués des plus belles équations mathématiques, chantant les louanges de mon existence sur des mélodies enivrantes et se battant pour obtenir mes faveurs, on imagine bien mon désarroi quand je n'ai droit qu'à contempler mon reflet dans un miroir.

*

Au réveil, j'ai pu constater avec soulagement qu'il n'en était rien. Sur le terrain de la sénescence, ma calvitie naissante conservait son avance sur le grisonnement fatal qui ne manquera pas de s'abattre un jour sur moi.

Sauf que. Tel un ennemi lâche, ou simplement plus sournois (n'est-ce pas la même chose ?), la déchéance avait bien commencé son oeuvre. En -53, un romain peu connu disait déjà sur son blog : il suffit de garder tes moutons pour qu'on te vole ta ferme. Certes, à garder un oeil sur la tête, je ne me préoccupais pas du reste.

Ainsi, sans que je ne sache trouver de raison qui puisse expliquer cette coïncidence effrayante, c'est ce matin-là que j'ai découvert, non pas mon premier cheveu blanc, mes mes deux premiers poils blancs, sur le torse.

*

Fort heureusement, m'étant résigné à me voir extorquer ma jeunesse par le poids des ans contre un poil de maturité sans valeur, j'ai décidé d'arrêter mes sanglots doublés de hurlements hystériques pour réfléchir à la chose, ainsi que l'aurait fait tout sage fataliste après ingestion d'une dizaine de prozacs.

Il était clair que mon corps  n'aurait pas décidé de m'infliger deux poils blancs, tout blancs, sans qu'aucun autre n'apparût ne serait-ce que voilé de gris. Et même, les deux poils candides ne se seraient jamais retrouvés à un centimètre l'un de l'autre si le hasard de la sélection pileuse avait joué correctement.

La seule conclusion logique qu'on pouvait donc en tirer était que l'intervention était extérieure. Et comme des effets possibles de Tchlovénobyl n'auraient pas pu agir si rapidement, ne me restait donc qu'une piste : l'enlèvement par des extra-terrestres.

Ce ne serait donc que des entités inconnues qui font des expériences sur moi, me réservant probablement des souffrances littéralement inhumaines, et jouant sans aucun doute avec ma vie.
Ouf ! Dire qu'à un moment j'ai cru que j'avais vieilli.

Posté par anceps à 15:49 - Anecdotes - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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